Pour rejoindre la Higuera nous avons trouvé un petit bus collectif qui relie les villages entre eux et qui nous emmènera à Vallegrande à 220 kms de Santa Cruz. Tout au long du chemin dans ce petit bus archis bondé, nous comprenons qu'il nous aurait été impossible en cette saison de rejoindre Vallégrande voir la Higuera en vélo. Tout au long des 170 kms de routes goudronnées et boueuses, sous de fortes pluies, nous avons rencontré des dizaines d'éboulements et d'affaissements de chaussée. Les 50 derniers kilomètres n'étaient qu'une piste détrempée, impraticable avec des vélos chargés. Arrivés à Vallegrande après 8 heures de bus, lieu où le corps de CHE GUEVARA avait été enterré, nous avons trouvé une ville sans grand interêt dont la plupart des rues ne sont ni goudronnées ni pavées.
Le lendemain, nous avons loué les services d'un guide qui a accepté de tenter de nous emmener à la Higuera. Pour se rendre dans ce village, 60 kms d'une petite piste chaotique à travers la montagne avec le passage d'un col à 3000 m. De plusieurs jours, cette piste était fermée à cause des pluies diluviennes qui s'étaient abattues sur la région et qui avaient provoquées de nombreux éboulements de terrains interdisant le passage. Avoir fait tant de kilomètres pour échouer aussi près du but et du moment le plus fort de notre voyage, il nous était impossible d'accepter cela, après tout ce que nous avons enduré. Fort heureusement, pas de pluie de la nuit et c'est sous un soleil timide que nous avons pris le chemin de la Higuera. Après 4 heures de piste, plusieurs enlisements et des passages très périeux pour éviter les glissements de terrain, nous avons réussi à atteindre les environs de la Higuera. A 5 kms du village, une série de plusieurs affaissements de route nous a interdit toutes progressions et c'est à pied que nous finirons d'arriver à la Higuera. Nous emprunterons un petit sentier transformé en ruisseau sur lequel 3 des compagnons de CHE GUEVARA ont trouvé la mort à quelques encablures du canyon ou le CHE fut a été capturé.
C'est un petit village typiquement Bolivien de 70 habitants qui nous apparaîtra au bout de la piste. Une émotion nous a envahi en pénétrant dans cet endroit où presque rien depuis 40 ans n'a bougé. On pourrait croire a tout moment que le CHE et ses compagnons vont surgir des bosquets environnants. Une atmophère très spéciale règne dans cet endroit chargé d'histoire. Nous comprenons alors que le voyage de la Higuera se mérite (surtout à cette saison) et que seuls des gens très motivés s'y rendent.
De suite, sur plusieurs maisons, des effigies et des paroles du CHE sont inscrites. Cela contraste beaucoup avec le reste de la Bolivie où l'image du CHE est très peu présente sauf dans les slogans des partisans du nouveau président socialiste Bolivien. Deux ou trois statues commémorent la capture et l'assassinat de CHE GUEVARA. La petite école restaurée, où fut emprisonné et assassiné CHE GUEVARA, contient aujourd'hui un très beau petit musée retraçant son combat et sa mort dans ce coin perdu de Bolivie. Dans ce lieu est toujours présente la chaise sur laquelle a été éxécuté GUEVARA. Dans ce pueblo Bolivien, où il n'y a qu'une seule petite épicerie, ce qui nous a le plus frappé comme à Vallegrande, c'est qu'il n'y a aucune «marchandisation» de l'image du CHE. Il ne faut pas oublier que CHE GUEVARA n'a reçu aucun soutien des populations locales, ce qu'il regrettait beaucoup dans son journal, dans son combat pour ce peuple. Et les paroles qu'il prononça dans son dernier discours en Avril 1967 prennent ici toutes leurs valeurs.
«Je ne suis pas un libérateur, de tels hommes n'existent pas, seuls les peuples peuvent obtenir leur propre libération»
Le peuple Bolivien n'a pas souhaitait à cet époque se libérer du joug de ses oppresseurs, c'est certainement pour çà qu'ils sont restés un des peuples les plus pauvres de la planète dont 70% des gens vivent en dessous du seuil de pauvreté.
C'est avec un sentiment difficilement descriptible fait d'apaisement et de fierté que nous avons quitté la Higuera non sans jeter un dernier coup d'oeil aux montagnes environnantes qui sont les témoins de l'histoire d'un homme que Jean Paul Sarthe n'hésitait pas à qualifier «l'homme le plus complet de notre époque» dont la séduction et les citations transcendent toutes idéologies politiques et relèvent d'une pensée universelle.
De retour à Vallegrande nous nous sommes rendus au lavoir de l'hôpital où a été exposé le corps du CHE mort. Miraculeusement il est exactement dans l'état dans lequel il se trouvait il y a 40 ans. La seule différence réside dans un nombres incalculables de messages gravés sur les murs en terre de ce petit bâtiment. L'émotion est beaucoup plus grande et beaucoup plus présente que dans la classe restaurée de la Higuera. Symboliquement nous avons nous aussi gravé une petite étoile rouge.
Pour finir notre hommage, nous nous sommes rendu sur la piste de l'aérodrome de Vallegrande où un mausolée a été élevé sur la fosse commune où avait été enterré en cachette le corps de CHE GUEVARA et de 6 de ses compagnons. Ce sanctuaire très sobre a été très bien pensé car outre la fosse commune où la place de chaque corps est symbolisée par des pierres peintes, les murs sont couverts de photos encadrés sur la vie du CHE. De sa naissance en passant par son voyage à motocyclette, le père, l'homme d'état et le révolutionnaire qu'il a été...
Nous avons quitté Vallegrande en pensant aux paroles d'un chanson de notre fille :
«vous partez dans les pas du CHE mais le retrouverez-vous ?»
OUI, nous l'avons retrouvé, car son esprit et celui de ses compagnons resteront pour toujours à la Higuera et dans ses forêts.
HASTA LA VICTORIA SIEMPRE
Info: Demain nous quitterons Santa Cruz pour rejoindre l'Argentine en milieu de semaine.
9 commentaires:
je suis heureux pour vous deux que vous ayez reussi un voeu qui vous etait cher surtout pour jean michel.
aller la ou le ché fut assassiné apres tant d'aventures avant d'y arriver c'est extraordinaire.
bravo.
continuer avec bonheur votre fin de parcours.
amitiés
a audier
Vous avez réussi . Que d'émotion. Continuez et encore BRAVO . zouzou
votre témoignage de ce moment partriculier de votre voyage est très poignant et je comprends et partage votre émotion
Et bien,cette fois ci,a force de marcher dans ses pas vous l'avez retrouvé.Quel mérite d'avoir réussi malgres les embuches et les conditions climatiques ,il faut certainement être né la bas pour devenir un révolutionnaire accompli et supporter le froid,le chaud,les moustiques et l'altitude.
Et toi,le petit homme de la pampa Perigourdine avec l'entrainement tu aurais pu te trouver la.
Chapeau a toi Laure dont l'exploit sportif est magnifique,et merci a Maurine d'avoir servi de relais dans cette aventure.J'ai découvert des photos du Che que je n'avais dans aucun livre.
Le reste du voyage sans être du tourisme se fera sans doute plus sereinement.Malgré les difficultés vous avez eu la part de chance nécéssaire a votre réussite.
Respects a vous deux,vous m'avez fait rêver.
A bientôt...JPF.
Vous nous faites partager ces magnifiques moments grace à vos commentaires et vos trés belles photos. On s'y verrait presque ! Encore bravo et bon courage pour la suite. Amicalement. Claude LHAUMOND
que dire de mieux que felicitation vous etes arrive a votre but c magnifique bravo pour cette exploit pour laure et jean michel felicitation et a toi aussi maurine
herve alexandra et corentin baquarisse de paris
Que d'émotion à vous lire!Et quel courage pour arriver jusque là , encore bravo vous deux et merci de partager par les mots ces moments là!
Bonne continuation et plein de courage
Pierrette et Jacky
Siorac en Périgord
Je trouve que vous interprétez beaucoup de faits historiques dans votre récit.
Sachez que l'objectif du Che n'était pas de libérer le peuple Bolivien. Il a lui même affirmé qu'il ne voulait pas d'un coup d'état à La Paz. Sa stratégie était plutôt de profiter de la position géographique de la Bolivie pour former et recruter des guérilléros de toutes les origines afin d'amorcer une lutte armée contre l'impérialisme américain qui se propageait dans toute L'Amérique latine.
Bien sûr l'objectif premier de Ernesto Guevara n'était pas de libérer la Paz.Mais dans sa bataille contre l'impéralisme Américain, il lui fallait passer immanquablement par la libération des populations locales.Chose qui lui a été difficile étant donné que la Bolivie avait fait une réforme agraire.Mais au final si sa révolution avait fonctionné il aurait aussi libérer La Paz dont le gouvernement était inféodé à l'Amérique.
Mais notre propos ne se veut pas une interprétation de faits historique, simplement un carnet de voyage qui donne nos sentiments à un moment et dans lieu précis.
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