Nous allons essayer de faire l'inventaire de tout ce qui nous est arrivé cette semaine.
La semaine a été si riche en événement qu'immanquablement nous allons oublier des choses.
De la grève des camionneurs, aux pluies diluviennes qui s'abattent sur le bassin Amazonien, aux routes défoncées et coupées par les eaux, à l'alerte émise par la télé pour évacuer les zones inondées et sur les risques de séismes, à notre nouvelle remorque qui prend le chemin de la précédente.
Après une journée de repos à Cochabamba la plus grande ville marché de la Bolivie, où nous logions en compagnie d'une équipe de jeunes footballeurs Brésilien, nous nous étions préparés à une grande étape pour rejoindre Villa Turani la région de la coca dans la forêt tropicale Bolivienne.
A peine nous étions partis que nous sommes tombés sur un «bloquéo» (un blocus routier). Ici, on ne plaisante pas quand on bloque la route, impossible de passer. De plus, nos convictions syndicales font que l'on respecte les gens qui se battent pour améliorer leurs droits et leurs conditions de vie. Nous avons donc conversé toute la matinée avec les grévistes et donné une interview aux journalistes présents. Puis prenant notre mal en patience nous avons donc trouvé un logement pour la nuit. Non sans avoir pris rendez-vous avec un ami gréviste qui nous a proposé de nous emmener le lendemain matin sur le lieu du prochain bloquéo pour que nous puissions reprendre la route avant la mise en place de celui-ci. Le lendemain, nous avons pu reprendre notre route et enfin descendre plus de 70 kms dans des décors grandioses (ceci dit, c'est très compliqué et très fatiguant de descendre de telle distance avec une remorque) pour arriver à Villa Turani où il régnait une température de 38 degrés saturées d'humidité et une présence abondante de moustiques..
Le lendemain nous avons visité les alentours alors que le bloquéo avait lieu dans cette ville, immobilisant des dizaines de bus, voitures et camions.
Perroquets, perruches, papillons, fleurs de la forêt ont comblé nos yeux ravis de voir tant de vie et tant de richesse, car la Bolivie est encore un de ces pays sauvage où à chaque coins de bois (de rue) vous pouvez découvrir des choses inattendues et des endroits encore à peu près vierge. Toute la journée s'est déroulée sous une petite pluie chaude. Après une petite visite aux grévistes, nous sommes rentrés préparer nos affaires pour le lendemain.
Depuis que nous sommes descendu de l'altiplano, la forme physique est au rendez-vous. Malgré les routes défoncées et une crevaison de la remorque qui à nouveau, après une quarantaine de kilomètres de piste, commence à donner comme sa consoeur des signes de faiblesse nous effectuerons ce jour là 110 kms sous une température étouffante au milieu la forêt luxuriante. Nous traverserons des dizaines de Rio (rivière) qui atteignent des hauteurs inquiétantes, qui charrient de plus en plus de boue et d'arbres arrachés .
C'est sous une pluie diluvienne que nous allons effectuer le reste du parcours jusqu'à Santa Cruz. Rivières qui débordent, routes coupées et pistes boueuses seront le lot de nos journées. A la faveur d'une éclaircie qui durera une heure nous serons parmi les derniers à traverser sur un kilomètres une route qui longe une rivière qui déborde et dont on aperçoit plus le bas coté. Cette route inondée, balayée par un fort courant trouve à son goût la remorque qui se met en travers à chaque coup de pédale et c'est au prix de gros effort que nous arriverons à traverser. La hauteur de l'eau atteignant au plus profond 60cm. C'est en prenant beaucoup de risques que nous sommes parvenus à la capitale régionale. La pluie était si forte que cela coupait toute visibilité des bas cotés inondés empêchant les autres véhicules de nous voir malgré nos lampes allumées. Le seul réconfort, c'est que la température avoisine les 25° .
Arrivée à l'hôtel alors que Laure ouvre ses sacoches pour faire le point sur l'état de nos appareils électroniques, une magnifique mygale trône à l'intérieur de la sacoche et qui bien sûr s'échappera rapidement (effectuer 110 km enfermé dans le noir et l'humidité c'est pas de tout repos...).
Le soir, la télévision Bolivienne annonce plusieurs morts, des voitures emportées, des routes coupées, des torrents de boues et émet des avis d'évacuation le long de plusieurs rivières (qui sont en faite des fleuves dont nous avons vu des remous de plus de 3 mètres) et des risques importants de séisme dans le pays.
Demain, nous devions rejoindre la Higuera, mais il est impossible de faire du vélo dans ces conditions sans prendre de très gros risque. Comme il nous est impossible d'attendre une éventuelle amélioration pour des questions de timing, nous avons décidé de rejoindre Vallegrande et la Higuera en stop (aucune route goudronnée ne mène à la Higuera).Si à notre retour dans 3 ou 4 jours la situation ne s'est pas améliorée, nous essayerons de trouver un véhicule qui nous transporte hors de la zone perturbée.
Pour rejoindre les chute d'Iguaçu, nous avions trois routes possible:
- par le Brésil et Corumba, la route est impraticable car elle traverse le Pantanal qui est inondé,
- par le Chaco Paraguayen là aussi la piste est inondée,
- par le nord de l'Argentine, c'est notre solution de secours, puis remonter à la capitale du Paraguay Asuncion.
Malgré tous ces imprévus et toutes ces difficultés, nous gardons un bon moral et nous nous sentons très bien physiquement.
Pas toujours facile d'être dans les pas du Che.