Quel contraste entre le Pérou et le Chili.
Le Pérou est un pays moins développé que le Chili et beaucoup plus marqué par la tradition. C'est aussi un pays beaucoup plus pauvre avec un coup de la vie très bas, certains restaurants populaires proposent des menus pour 50cts d'euros. Néanmoins l'acceuil que nous réservent ces gens s'il peut paraître moins spontané est beaucoup plus chaleureux.
Un des gros problèmes que nous rencontrons, est de trouver une carte routière et des renseignements fiables quand au distance et au point de ravitaillement possible lors de nos étapes. Dans les réponses, il y a toujours : « menos mas » (plus ou moins). Pour les Péruviens le temps et la distance ne sont pas des notions importantes mais quand vous êtes à vélo c'est une autre histoire...
Nous sommes partis d'Arica pour rejoindre Moquegua, à travers le désert côtier Péruvien. Après un premier col à 900 m nous nous sommes retrouvés sur un plateau en plein désert vent arrière pendant près de 130kms. Durant cette journée, nous avons essuyé plusieurs tempêtes de sable. Un sable rouge qui vient vous fouetter le corps et qui vous pique comme des milliers de petites aiguilles. Chose assez irréelle, en plein désert un péage. A ce péage, il y avait une journaliste qui travaille pour l'état, elle faisait un reportage sur les gens qui empruntent cette route. Deux français à bicyclette en plein désert du pain béni pour elle. Après une demi heure d'interview et de photos nous avons pu repartir. Et c'est complètement épuisé après 9 heures de vélo que nous avons fini cette étape brûlé par le soleil après avoir consommé 12 litres d'eau. Au risque de se répéter, c'était dans des paysages montagneux somptueux que nous avons progressé.
Notre ville étape Monquegua (1200m d'altitude) est une oasis en plein désert où nous avons pris un peu de repos pour préparer notre montée sur l'altiplano et notre voyage vers Puno. Après renseignements pris auprès de la police, nous avons changé notre itinéraire car la voie que nous avions prévu comporte une piste trop défoncée. Notre souci était de trouver des points de ravitaillement sur les 260 kms que nous devions faire. La longueur du col dès la sortie de Moquegua varie suivant les personnes de 70 à 110 kms. C'est donc sans aucune garantie quand au ravitaillement et au kilométrage que nous sommes partis sur cette étape.
Dés le premier feu rouge dans Moquegua nous sommes arrêtés par un journaliste, qui après les politesses d'usage nous a demandé si nous étions d'accord pour faire une émission radio. Nous avons donc dans notre espagnol approximatif fait une émission radio à la «Sud Américaine» où le journaliste avait un débit incroyable on se serait cru lors d'une final de la coupe du monde Pérou Brésil.
Au bout de ¾ d'heures nous avons pu enfin attaquer, par une pente à 7%, notre montée sur l'altiplano. Notre objectif : réaliser au moins 40kms de montée. Au bout de 20 kms nous nous sommes ravitaillés en eau et en vivre soit une charge de 10 kg supplémentaires afin de nous permettre d'aller jusqu'au 2ème point de ravitaillement qui se situe à 40 kms de là. Après 8 heures de vélo où vous devez constamment vous concentrer sur l'effort pour ne pas vous arrêter et vendre votre bicyclette au premier passant, nous avons enfin trouvé un point de bivouac à 2700m. Malgré des pentes à 9 % avec une moyenne sur la journée à 5% nous avons bien effectué nos 4Okms.
Après avoir passé une mauvaise nuit sous la tente dû au gros rhume que traîne Jean Michel depuis 3 jours et au passage des camions sur la route, nous avons repris dès 7 heures notre ascension. D'après nos calculs si la pente reste la même le col ne devrait faire que 80 kms et donc nous devrions arrivé en haut le soir même. Nous avons trouvé les premiers kilomètres de cette ascension beaucoup plus difficiles que la veille, la fatigue se faisant nettement ressentir. Vers 3500m nous avons commencé à ressentir les effets de l'altitude traduit par un léger mal de tête et le souffle un peu plus court. Au bout de 20 kms un péage avec la deuxième zones de ravitaillement. Mais là, les choses se compliquent, plus d'épicerie. L'employé du péage nous indique qu'en haut du col à 4520m il y a un petit Pueblo avec possibilité d'acheter quelques vivres. Nous avons donc entamé la montée finale qui s'avérera être de 17 kms ce qui porte au total le col à 77 kms. C'est au prix de 3 heures et demi d'effort inhumain, ou vous repoussez constamment la limite de la douleur et ou l'altitude vous oblige à vous arrêter tous les 2 kilomètres pour reprendre son souffle que nous sommes arrivés en haut du col. Effectivement il y avait une dizaine de masures en pierre où l'on nous a servi une soupe chaude et ou nous avons pu acheter quelques gâteaux et que 2 litres de Coca Cola. Comme il était que 15 heures 30, nous avons décidé en récompense des efforts consentis, d'engager la descente sur quelques kilomètres afin de trouver un endroit pour camper, et atténuer les effets de l'altitude. Après avoir échangé quelques paroles avec un employé de la route, enfilé un équipement chaud car malgré le soleil il ne faisait que 18°, nous sommes repartis. Au bout d'une quinzaine de kilomètres après être redescendu d'environ 100 m nous avons attaqué un petit col de 5 – 6 kilomètres à 3% pour finir la montée à 4610m. A moins d'un kilomètre du haut, alors qu'au signe avant coureur ne s'était manifesté, Jean Michel s'est mis à tituber sur la route, un mal de tête terrible, la respiration coupée, des nausées et des paroles hachées. Après un arrêt de quelques minutes, il est reparti mais n'a pas pu donner plus de 3 coups de pédales et s'est affalé sur le bord de la route, il me faisait penser à quelqu'un de ivre. Ce qui est bizarre, c'est que moi malgré un gros état de fatigue, je ne ressentais aucun effet de l'altitude. Il fallait absolument que l'on redescende mais nous nous trouvions dans une cuvette entre 2 cols en plus nous n'avions pas la possibilité de planter la tente. J'essayais de réconforter Jean Michel en essayant de trouver une solution avec lui mais il était incapable de raisonner. Il ne nous restait plus comme solution que t'attendre qu'il aille mieux mais nous n'avions plus qu'une heure avant la tombée de la nuit. Quand une camionnette nous doubla et s'arrêta à une centaine de mètre de nous. C'était l'employé de la route qui rentrait chez lui à Juliaca. Au passage il a compris au premier coup d'oeil que nous étions en difficulté. Il s'est approché de moi et m'a expliqué qu'il était dangereux de passer la nuit sous la tente avec un froid qui allait avoisiné les zéros degré alors qu'il nous était impossible de redescendre pour atténuer les effets de l'altitude de plus si l'état de Jean Michel s'aggravait il n'y avait pas de possibilité de secours. En effet, derrière le sommet nous redescendions sur un plateau à 4450m sur 40 kms, et le prochain village se trouvait à 80 kms. J'ai accepté l'option qu'il me proposait à savoir de nous amener directement à Puno à 160 kms de là. Je me suis donc retrouvé assise dans la bétaillère pendant 80 kms jusqu'au prochain village. Nos sauveurs se sont arrêtés pour que nous mangions et ont acheté de la Coca pour Jean Michel qui en a mastiqué tout le reste du voyage. Comme il faisait nuit nous sommes montés à 4 dans le pick up. Je regrettais bien vite ma place dans la bétaillère où enveloppée dans deux épaisses couvertures en alpaga, j'avais pu admirer des paysages d'une limpidité incroyable avec des petits lacs où se mélangeaient des flamants roses, canards, alpagas, lamas...
Les effets de l'altitude et les efforts que nous avons consenti ces derniers jours nous ont épuisé si bien que nous avons passé notre journée de vendredi au lit. Le rhume de Jean Michel s'est transformé en une grosse bronchite avec les effets de l'altitude c'est compliquée. Nous espérons que 3 jours de repos complet vont nous permettre de nous habituer à l'altitude et nous redonner des forces.
Malgré tout le moral est bon car ces derniers jours nous avons franchi un désert, monté un col de 77 kms et atteind l'altitude de 4600m, et nous reprendrons lundi notre route vers Cuzco.